
La collation particulière
Numéro #BLANCHISSERIE
Aujourd’hui on visite la blanchisserie de l’hôpital. Je suis accueilli par Julien Fagard qui est adjoint et responsable de la production. À peine arrivé, il faut passer une blouse propre : ici comme dans les autres services du CHPC, l’hygiène est la priorité.
Il faut s’imaginer que la blanchisserie tient plus de l’usine que du Lavomatic. Peu de machines ressemblent à ce qu’on à l’habitude d’utiliser dans nos vies quotidiennes. L’échelle des installations est impressionnante. Toute l’usine fonctionne sur le principe d’une marche en avant.
Un protocole très précis est calé : le linge suit un parcours défini et sécurisé. Ainsi le linge sale ne peut pas croiser le linge propre.
Le processus commence par la collecte du linge sale dans les services. Chaque jour de la semaine, un poids lourd livre le linge à laver. La segmentation du propre et du sale s’applique aussi aux véhicules : un camion est dédié au linge sale et un autre à l’acheminement du linge propre dans les services.
Le linge est déchargé. Il arrive dans des gros bacs d’environ 350 kg. Des codes couleurs permettent de distinguer les différentes typologies de linge.
J’apprends qu’ici on nomme les serviettes, les torchons ou les taies d’oreillers le petit plat et les draps, alèses et dessus de lit le grand plat.
Les sacs peuvent également contenir les tenues du personnel, les casaques des patient.e.s ou les vêtements des résident.e.s des Ehpad. Tout ça représente environ 5 tonnes de linge à traiter par jour.
Un système automatisé achemine le linge jusqu’au poste de tri. Là, une équipe se charge de trier le linge à la main. Parfois il y a des objets tranchants ou dangereux oubliés dans les poches. Le jour de mon passage il y a des stylos, un cutter, une dizaine de paires de ciseaux... Une personne affectée au tri me lance « il faut rappeler qu’on n’est pas une poubelle ». Ça peut paraître anodin d’oublier un objet dans sa poche pendant le service mais ça prend une autre lecture quand on voit des personnes brasser du linge à la main en bout de chaîne. Ça rappelle aussi l’importance de connaître les réalités concrètes des métiers qui nous entourent pour construire une vraie conscience d’équipe.
Pour moi, l’équipe de la blanchisserie fait partie du personnel de santé. Le travail réalisé ici – le lavage mais aussi la désinfection du linge – contribue directement au confort et au soin des patient.e.s du CHPC.
Entre les chauffeurs, les électromécaniciens et les agents ce sont 40 personnes qui travaillent sur le site de la blanchisserie. La blanchisserie traite à l’année plus de 1200 tonnes de linge. Le travail est conséquent et le rythme soutenu. Dès 5h du matin l’électromécanicien effectue la maintenance et prépare les machines. Les équipes travaillent ensuite de 8h15 à 16h15 avec 20 minutes de pause le matin et 30 minutes pour manger le midi. Les lundi et mardi il faut absorber tout le linge accumulé pendant week-end. La semaine commence donc toujours par un pic d’activité.




Les objets retrouvés dans les vêtements le jour de mon passage.

La visite continue, on passe une porte et on rentre dans l’atelier de production.
Il fait chaud et l’air est humide. Le bruit des machines rythme l’atelier. On longe une grande unité dédiée au lavage du linge. Plus loin, une énorme presse vient essorer le linge qui passe ensuite dans de grands séchoirs. Tout est grand ici de toute façon, sauf une petite machine qui ressemble le plus au matériel qu’on a la maison. Elle est réservée au lavage du linge des bébés.
Dans l’atelier, des pantalons et des vestes défilent sur des lignes automatisées. C’est un défilé étrange.
Une machine appelé le défripeur sèche et repasse le linge en une passe. J’observe le personnel alimenter la machine. Malgré l’automatisation de certains processus et une attention portée à l’optimisation des postes de travail, on voit bien que ce sont des métiers qui sollicitent beaucoup le corps.
Sur une table, une petite équipe s’attèle au pliage à la main des vêtements des résident.e.s des Ephad. Ça me touche de voir cette action. Dans la vie, se sont souvent des gestes réalisés par des personnes proches ou aimantes : des parents qui plient le linge pour leur enfant par exemple. Encore un endroit où au-delà de l’aspect technique se trace un lien, une attention portée aux personnes.
Dans l’espace on ressent la rigueur des protocoles. Chaque chose à sa place : des marquages au sol et une signalétique omniprésente structure l’atelier. Une fois propre, le linge est rangé dans des armoires à roulettes destinés à réintégrer les services. Chaque service a une dotation et des besoins particuliers. Deux personnes approvisionnent tous les services et vérifient que les dotations sont bonnes : « ce sont nos yeux dans l’hôpital ». Une fois les contrôles effectués, le linge peut repartir par le camion dédié au propre. Pour éviter tout risque sanitaire, les armoires et chariots sont désinfectés en amont.
Là encore, comme à la cuisine ou la pharmacie, il s’agit d’avoir toujours un coup d’avance. C’est un cycle qui tourne sans fin.
Je rencontre Johanne qui gère la fourniture des tenues pour l’ensemble du personnel. Dès qu’une nouvelle personne intègre le CHPC elle peut venir chercher ici des tenues professionnelles adaptées. C’est à ce moment là que le linge est marqué pour assurer la traçabilité. Ensuite, en cas de changement de taille ou d’usure, le suivi est assuré. Marie réalise sur place des retouches pour prolonger la durée de vie des vêtements. Le linge abîmé ou trop tâché est recyclé en chiffons.
Le site de la blanchisserie héberge également le service de reprographie où sont imprimés tous les numéros de la collation particulière. Je profite de ce dernier numéro pour remercier chaleureusement Sandrine qui a rendu possible la réalisation et la fabrication de cette série de 5 magazines. On a fait chauffer les machines mais on a réussi, dans l’efficacité et la bonne humeur.
Et pour clore cette série – comme d’habitude – je vous souhaite le meilleur.
☼ Content ☼ d’avoir ☼ passé ce moment ensemble ☼
Merci à Julien Fagard,
responsable des archives du CHPC pour l’accueil et la visite.
Cette publication existe grâce à la volonté et à l’engagement :
du Frac Normandie et de son équipe, notamment Pierre ;
du CHPC, notamment Cindy ;
Cette résidence bénéficie du soutien de la Drac Normandie dans le cadre du dispositif Culture Santé et Médico-social et du CHPC.
Version papier imprimée sur les presses du CHPC en septembre 2025,
au service reprographie avec Sandrine.
Les typographies utilisées sont Luciole et Publifluor
La diffusion de ce journal sur votre plateau repas
est rendue possible par les équipes de la Cuisine du CHPC : un grand merci.
Si vous souhaitez m’écrire, c’est possible : bonjour@antoinegiard.com
→ un magazine réalisé par Antoine Giard à partir de rencontres avec les personnels de l’hôpital et diffusé directement sur votre plateau repas. J’espère que ça vous a plu.